Le Rwanda, un petit pays plein de ressources et de volonté

Le départ de Paris 

Départ prévu à 4h du matin, après une nuit de sommeil de 2h. Bagages enregistrés, billets d’avions en main, nous sommes prêtes pour l’aventure. Nous ne savons pas ce qui nous attend et c’est sûrement le plus excitant. L’essentiel c’est notre objectif : vous écrire pour vous décrire cette magie qui nous habite et essayer au mieux de capter ces merveilleux moments. Faire honneur à votre confiance et votre engagement pour la cause que nous avons choisi de défendre : l’éducation. En parallèle du tournage, nous participons à la construction d’une cuisine pour 400 enfants scolarisés avec d’autres bénévoles. Premier vol : le manque de sommeil et l’appréhension nous rattrape. Nous nous écroulons un instant. Plus rien ne compte, le temps s’est arrêté quand nous sommes monté dans l’avion. Second vol : Il est 12:23, nous avons encore 6h50 de vol. J’ai hâte de poser mes pieds dans ce pays tant chargé d’histoire, le Rwanda. 18h50 : alors que nous atterrissons nous apprenons que nos bagages sont restés à Bruxelles. Nous ne pourrons les récupérer que jeudi. L’aventure commence avec une belle épreuve : se débrouiller avec quelques vêtements trouvés dans notre deuxième sac à main !

Ce soir, nous dormirons à Kigali et prendrons la route demain matin en direction de Rukomo : notre ville d’adoption pour les 15 prochains jours. (L’année passée, la découverte du chantier à Madagascar était un moment fort en émotion,) je me languis d’être à lundi pour découvrir les murs de la future cuisine. Le chantier a débuté avec la première équipe de bénévole et nous prenons la relève !

L’arrivée sur le chantier de l’école Sainte Anne

Après une nuit chez les sœurs à Kigali, direction le mall (centre commercial) pour acheter une brosse à dent et une culotte, histoire de pouvoir se changer tous les jours. Nous avons été accueillis comme des reines et nous mangeons très bien. 
Nous avons pris un mini bus pour nous rendre sur le chantier juste à côté de l’école, où nous allons dormir. Sur les routes sans trottoirs, le chauffeur klaxonne souvent pour prévenir les passants à pied ou à vélo qui transportent des choses lourdes (des paniers plein en osier sur leur tête ou encore des bidons d’eau qu’ils remplissent près des rivières) et en profitent pour faire leur lessive. La lessive en Afrique est symbolique, c’est un moment de partage entre amis et en famille, tout le monde apporte son linge et participent au lavage, essorage et séchage. Pour se faire, ils étendent tous les vêtements sur l’herbe, sur les arbres et sur les toits afin de les faire sécher au soleil. Les couleurs envahissent l’espace ! 

Les bananiers nous suivent tout le trajet, ils ressemblent à des énormes feuilles d’un mètre sur un tronc assez fin. Le rouge de la terre, le vert des arbres et le bleu du ciel nous offrent un paysage naturel et apaisant. J’aime voyager en voiture pour apprécier l’étendu des forêts et de la terre. C’est exactement cette vision qui nous rappelle l’infiniment grand et l’infiniment petit dont nous faisons parti. 

Nous découvrons notre chambre pour les 15 prochains jours, un dortoir avec 5 lits préparés pour nous. Nous installons nos affaires et découvrons dans la soirée que nous allons avoir des nuits difficiles (grincements du bois et des portes). Si une fille bouge dans son lit, nous sommes toutes réveillées mais avec la fatigue, nous n’entendrons plus rien c’est certain !

Les premiers jours de chantier 

Levé à 6h, petit déjeuner, 7h prêt à commencer ! Pendant ce temps, les enfants arrivent à partir de 6h15 à l’école pour nettoyer la cour de récréation et tout l’espace vert autour. À 7h, les enfants se tiennent tous en rang par ordre des classes, des plus petits aux plus grand ! 7h30 c’est le début de l’école. En tout, 400 enfants se tiennent devant nous. Ils chantent et s’expriment en cœur avec respect envers le professeur. C’est joli à voir et très émouvant lorsqu’ils nous chantent à l’unisson « Bienvenue, bienvenue, nous sommes ravie de vous accueillir, bienvenue, bienvenue… » Nous les regardons un moment puis la directrice de l’école sœur Lucie arrive et nous présente. À tour de rôle, nous les saluons en leur indiquant notre prénom qu’ils répètent pour le retenir, et certains prénoms sont plus faciles que d’autre ! Nous visitons leur classe et faisons connaissance avec le corps professoral. Dès leur plus jeune âge, on leur enseigne l’anglais et le français. 

Après cet accueil riche en émotions, nous nous dirigeons vers le chantier. La cuisine nous attend ! Avec Marie, nous nous occupons de peindre les structures en fer avec de la peinture anti rouille, le coup de main arrive petit à petit. Puis, nous nettoyons le sol à l’intérieur du chantier afin de débuter le terrassement. Après le déjeuner préparé par sœur Pelagie et deux d’entre nous, nous effectuons une petite sieste sur un drap à l’ombre, le rituel classique.

Nous recommençons à 13h30 par la disposition de pierres dans une première pièce. Par la suite, nous verserons du béton par dessus. L’effort et la fatigue se fait sentir à la fin du premier jour. Les visages se plissent, les jambes sont lourdes, nous avons hâte de nous poser. 16h40, je ne tiens plus, je rejoins le réfectoire et m’assoit sur les marches. Quelle journée forte en émotions ! Nous prenons le temps d’échanger entre nous puis c’est l’heure de la douche (froide), cheveux savonnés, il n’y a plus d’eau qui sort du pommeau, je termine avec des petits seaux d’eau.

Cela fait maintenant trois jours que nous n’avons pas eu de connexion internet. Le but du voyage est aussi de se retrouver seule et se détacher de tout ça mais je m’en veux de ne pas donner de nouvelles à toute la team FTB (vous) et à mes proches. Je demande à avoir une carte SIM avec une connexion mais c’est véritablement un parcours du combattant. 

Une journée privilégiée à Kigali 

Ce matin, je me réveille un peu plus tôt car nous assistons à la messe des enfants à 6h30. C’était très émouvant. Une cinquante d’enfants étaient présents avec toute la communauté. Ils sont très sages et connaissent le protocole par cœur. Les plus petits étaient tout autour de nous et certains d’entre eux ont souhaité s’assoir entre nous en nous donnant la main. Nous avons eu un accueil chaleureux encore une fois avec une présentation officielle de chacun d’entre nous. 

A notre retour, sœur Lucie nous informe que la voiture est de nouveau fonctionnelle, et que nous pouvons donc aller récupérer les bagages à l’aéroport. Je décide d’y aller malgré les 8h de voiture aller-retour que je vais devoir faire en une journée. Je suis très reconnaissante que mes camarades me laissent y aller, mais finalement je crois qu’eux mêmes sont reconnaissants que j’y aille à leur place 🙂

Je redécouvre les paysages et me rappelle à quel point j’ai hâte de vivre seule ces 3 mois en Afrique. Je discute avec sœur Clarisse de ses projets et des miens, puis je m’endors. 2h plus tard, nous sommes arrivés à Kigali à l’aéroport. Les 6 bagages manquants récupérés, nous sommes allés déjeuner dans un restaurant en haut d’un centre commercial. Les assiettes servies sont énormes, quand nous sortons de table, nous sommes rassasiés. 

C’est parti pour les courses dont je suis chargée : du gouda, jambon, casseroles, couteaux, seaux, et cigarettes. J’entre dans le cœur de la ville avec sœur Clarisse et beaucoup de regards se posent sur moi. 

En effet, je suis la seule de couleur blanche à me balader ici, mais je me sens comme chez moi. Je reçois de nombreux sourire et de « bienvenue chez nous ». Nous allons dans un centre commercial Simba Supermarket pour acheter le fromage et le jambon. Je remarque que le chocolat est très cher ici. 
Nous allons en ville et je découvre les magasins qui s’enchaînent les uns après les autres avec globalement les mêmes produits à vendre (le nécessaire pour la maison). Sœur Clarisse négocie un lot de 6 casseroles et une dizaine de couteaux pour 55000 francs (l’équivalent de 55€). Nous partons à présent à la recherche des seaux. Après trois magasins elle décide d’abandonner car le prix est trop élevé (1500 francs le petit seau l’équivalent d’1,5€). J’apprécie chaque minute, j’ouvre grand mes yeux pour capturer chaque image. Beaucoup de monde traverse les rues et au moins cinq taxis moto s’arrêtent pour me proposer de m’emmener quelque part. À Kigali, il y a peu de taxis voiture mais des taxis moto en quantité impressionnante. Le chauffeur nous conduit mais j’avoue que je ne suis pas toujours rassurée car il aime beaucoup doubler dans les virages. Après l’avoir retrouvé, nous avons été chercher deux autres sœurs à la communauté et nous prenons la route pour retourner à Rukomo. Il fait nuit maintenant et il est 18h. Le Rwanda est très peu touristique, j’aime beaucoup l’ambiance qui y règne et le respect qu’ils ont les uns envers les autres.

A mon arrivée, à 22h, je suis accueillie comme une personnalité, allée d’honneur, lumière et musique. Je me doute que ce qu’ils attendent sont leurs bagages 🙂 

L’avancée du chantier 

Sur le chantier, nous commençons les joints tout autour du bâtiment, le soleil est avec nous. Nous peignons les fenêtres et les isolants avec de l’anti rouille, nous nous en mettons partout. Nous lançons de l’enduit à l’intérieur des pièces avec les truelles, ce n’est pas une mince affaire mais nous nous débrouillons. Nous allons chercher de l’eau au puits, nous portons les cailloux pour construire le sol. Au retour de déjeuner, la structure du toit est posée. 
Les journées passent plus vite et sont rythmées par les pauses déjeuner, les danses sur le chantier avec les ouvriers, les siestes et les discussions philosophiques. 
Vendredi soir, nous avons organisé un pot pour les ouvriers. Tous réunis en cercle, les ouvriers enchaînent les bières et nous aussi. 

Dès que j’ai un moment, je filme les enfants courir, rire, jouer et danser.

Le week-end Safari 

Réveil 6h20 pour le weekend surprise !

Départ en direction du parc d’Akagera pour un safari. Nous arrivons vers midi à la réception et le cadre nous offre une vue spectaculaire sur le parc. Nous déjeunons tous ensemble avec Sœur Pélagie et le chauffeur. À 14h, la surprise continue avec un tour en Safari Boat d’une heure sur le deuxième plus grand lac du Rwanda. Nous voyons beaucoup d’oiseaux majestueux dont plusieurs aigles pêcheurs qui s’envolent devant nous. Nous avons la chance d’assister à la baignade d’une maman hippopotame avec ses petits. Nous avons pu voir une quinzaine d’hippopotame (enfin du moins leurs oreilles et leurs yeux dépasser de l’eau) … et deux crocodiles !

De retour sur la terre ferme, direction le campement car la nuit tombe vite. Découverte du lieu avec un énorme feu de bois et une vue sur le lac avec la continuité de la savane. Après la préparation du dîner au barbecue et l’installation de nos sacs de couchage dans les tentes, nous assistons au coucher du soleil. Plus personne ne parle et nous observons la nature dans toute sa splendeur. Le dîner se fait à la lumière de nos lampes torches et du feu qui nous réchauffe. A 20h30, malgré la fatigue, nous restons allongés sur l’herbe ouvrant grand les yeux pour apprécier la beauté de cette masse noire tachetée d’étincelles, le ciel étoilé. Dans le silence et dans le noir, nous sommes tous comme des enfants avec des rêves plein la tête. C’est un moment unique !

Le lendemain, nous nous levons à 5h30 pour assister au levé du soleil mais malheureusement le brouillard est trop dense. Le petit déjeuner se fait dans la joie et le rire comme toujours. La chance nous sourit, nous observons des zèbres, des girafes, des topis, des impalas, des éléphants, des hippopotames et des lions. C’est fantastique !
Le guide nous raconte que le parc a été envahi et beaucoup d’animaux sont morts lors du génocide du Rwanda en 1994. Grace à la rentabilité du parc depuis 4 ans, ils réintroduisent petit à petit des animaux (tels que les rhinocéros noirs et les lions). Après quelques centaines de photos prises dans une savane silencieuse, nous regagnons Rukomo. Nous avons passé la journée dans la voiture mais la vue en valait la peine.